JAD
Peter Tosh chante de plus en plus de morceaux avec Bunny et Bob aux harmonies. En janvier 1968, Bob Rita et Peter Tosh rencontrent le chanteur américain vedette de télévision Johnny Nash et son imprésario Danny Sims. Les Wailers commencent à enregistrer pour lui des maquettes de chansons. Sims leur fera bientôt signer un contrat exclusif d'agent, d'éditions musicales et de production de disques. De juillet 67 à septembre 1968 Bunny Livingston est en prison pour détention de chanvre, et Rita Marley le remplace au sein du trio. Alors que Johnny Nash enregistre en Jamaïque une série de succès rock steady, les Wailers profitent de sa présence et enregistrent pour Sims -sous le nom de BOB PETER ET RITA - quatorze morceaux très soul/rock steady comme Love (Peter Tosh & Rita), Rock To The Rock, Nice Time avec le Gladdy's All Stars (qui sont aussi les Upsetters originaux) : Hugh Malcolm (batterie), Jackie Jackson (basse), Gladstone "Gladdy" Anderson, Winston Wright (orgue), Hux Brown (guitare) et Denzel Laing (percussions), des musiciens utilisés également pour les séances Wail'n Soul'm. Le Sud Africain Hugh Masekela ajoutera à New York des parties de trompette, puis d'autres cuivres, et même des cordes, seront plaqués sur les bandes originales.
Lors d'une séance ultérieure à Kingston, toujours dirigée par l'arrangeur de Nash, Arthur Jenkins, ils enregistrent la version originale de Soul Rebel , How Many Times et What Goes Around Comes Around (signé par des Américains dont Jimmy Norman, présent aux cotés de Nash) avec des musiciens américains des studios Atlantic (qui travaillent notamment avec Aretha Franklin) et On y trouve leurs tout premiers véritables reggaes, avec les versions originales de Soul Rebel, de Hammer mais à l'époque seules de nouvelles versions de Bend Down Low et Mellow Mood sortent sur un 45 tours JAD (distribué en France par CBS). Ils seront publiés en partie plus tard chez CBS (CD CHANCES ARE), soit défigurés par des instruments ajoutés soit mal remixés, soit intacts sur différents albums (Jamaican Storm, etc) bon marché passés inaperçus dans les années 80. Ces séances splendides ne sortiront étonnamment qu'en 1997 sur le CD ROCK TO THE ROCK (série THE COMPLETE BOB MARLEY & THE WAILERS 1967-1972) et pour huit titres, sans les ajouts américains sur FREEDOM TIME (JAD-55-EMI 2002) dans cette même série.
Simultanément, leur propre marque Wail'n'Soul'm publie le slow Chances Are , Rocking Steady, et Hypocrites qui deviendra, des années plus tard, très populaire dans l'île à la suite d'une réédition, ainsi qu'une adaptation de Crying in the Chapel (succès doo-wop très lent de Sonny Til & the Orioles en 1953, repris en 1965 par Elvis Presley) qui devient le superbe Selassie Is the Chapel (voir album du même nom) sous la plume de Mortimer Planno, un guide spirituel rastafarien devenu une sorte d'imprésario, et qui signe ici les paroles du premier manifeste rasta de Bob Marley. Apparaît aussi le très beau Don't Rock My Boat, qui deviendra un succès mondial sous le nom de Satisfy my Soul en 1978 (à ne pas confondre avec Satisfy my Soul Jah Jah -voir album du même nom- et Satisfy My Soul Babe (1971), très différents). Plusieurs petits producteurs comme Bunny Lee (Mr. Chatter Box) ou le Hollandais Ted Pouder (Adam and Eve) tentent leur chance, Wailers compris, mais malgré leur qualité aucune des reprises cherchant manifestement le succès ne rapporte un sou, ni The Letter des Box Tops, ni la reprise du générique télé américain des Archies Sugar Sugar ni Black Progress, une adaptation du manifeste de négritude (Say It Loud) I'm Black and I'm Proud de James
Brown (série THE COMPLETE BOB MARLEY & THE WAILERS 1967-1972).